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28 décembre 2009 1 28 /12 /décembre /2009 21:11
Vivre à bord, c'est franchir une frontière.
On franchit une frontière spatio-temporelle. L'espace temps prend une nouvelle dimension.
On franchit une frontière avec la France sédentaire, pour devenir nomade et donc un peu étranger aux autres. On quitte la terre, on embarque dans une autre dimension, on n'est plus relié à la terre que par des amarres.

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Pour la plupart d'entre nous, nous étions des gens d'à-terre et nous devenons des gens d'à-bord. Les gens d'à-terre deviennent le miroir de ce que nous étions auparavant. Le bateau me faisait rêver et la vision d'un bateau me transportait ailleurs. Nous faisons donc rêver les gens d'à-terre quand nous arrivons quelque part mais nous leurs faisons peur aussi... nous sommes étrangers... et dans un village, inconnu et étranger sont synonymes... et nous renvoyons aussi une image de liberté à des gens qui ont choisi d'acheter des terres ou qui ont été contraint de cultiver des terres qu'ils ont hérité. La terre rassure mais fixe, le bateau transporte mais inquiète...

Les interactions sociales se trouvent donc biaisées... La notion de propriété privée change... Il n'est pas rare de voir quelqu'un d'à-terre s'approprier votre bateau pour visiter le pont... Une petite anecdote personnelle... 2 individus montent sur notre bateau pour prendre une photo. ma femme leur demande:
"- Qu'est-ce que vous faites là ?"
"- Ben, on prend une photo..."
"- Mais vous etes chez moi, descendez tout de suite" 
"- Eh, Oh, ça va vous n'allez pas nous en faire un fromage, nous sommes sur le domaine public..."

Les gens d'à-terre n'imaginent pas que la personne vivant sur l'eau puisse avoir un métier. Ils s'imaginent que nous sommes de perpétuels rentier ou des SDF (ce qui ne serait pas tout à fait faux si le terme était employé dans le bon sens) ou des vacanciers à l'année.

Pour les gens d'à-terre du village, nous ne faisons pas tout à fait parti du village... et c'est sans doute lié aux amarres.

Vivre sur un bateau ne laisse pas l'autre indifférent. Ca fait rêver, ou ça inquiète, en tout cas ça questionne...


Pour aller plus loin:

Sociologie et loisirs sur le Canal Saint Martin

Un mode de vie "nomade"

Sciences Humaines et Habitat Fluvial: 1.Préambule

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Published by Laurent - dans habitat fluvial
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commentaires

Laurent M 22/01/2010 20:18




Ton blog est intéressant car il véhicule également le pourquoi de la vie sur l’eau et pas seulement le comment. même si celui-ci est très
intéressant  et notamment lorsqu’on trouve une information dont on peut se servir.


La principale différence avec les d’a terre est la perception de la distance qui brise le cadre spatio temporel que tu évoques.


 


distance kilométrique lorsque tu évoques que 25 km en canal par jour est une belle journée de navigation touristique.


 


distance isochronique où nous comptons en jours là ou certains compte en heures voire en minute. Je conseillerais ici l’ouvrage de Pierre Sensot « Du bon usage de la
lenteur »


 


distance perçue ou distance mentale . Cela renvoie à deux charmant livres de chevet « psychosociologie de l’espace » d’Abraham Moles et « la dimension
cachée » d’Edward T Hall


Le bruit filtré différemment sur un bateau va influer sur la perception de la distance ; la sphère intime est plus vite alertée.


 


Enfin sur un bateau si tu arrives à être dans une zone sans éclairage public pendant quelque temps tu t’apercevras qu’aucune nuit n’est noire.



Laurent 24/01/2010 07:29


Et oui la distance... Pour ma part plus que la distance c'est le temps que je trouve complètement inexistant sur l'eau...

Merci pour les références... Ca va nous faire de la lecture pour le reste de l'hiver... Je les ajouterai sur la page et Merci...


Tianex 28/12/2009 22:43


Je me vois aussi dans ce texte ^^
Un Sur Domicile Flottant...
Bonne année à tous ;)


Laurent 29/12/2009 06:41


Bonne année... à tous les Sur Domicile Flottant donc... et à ceux qui n'en ont pas...